« Si Alain Juppé gagne son pari, j'en serai pour ma part très heureux et je l'aiderai. »

Le président du MoDem était l'invité, hier matin, de DirectPolitique (Ouest-France, l'Internaute, 20 Minutes). Face au FN, il préfère une entente réformiste à une primaire de la droite et du centre. Extraits.

Le MoDem dans l'opposition ?

« Dans sa dernière conférence de presse, François Hollande dit deux choses : je vais en Ukraine, et je ne changerai plus rien. Je n'approuve pas la manière dont le gouvernement, l'exécutif, le président de la République ont traité les grands problèmes du pays ces deux dernières années.

Qu'il y ait un mouvement de réalisme, c'est certain et c'est heureux. Mais il n'est pas bien pensé, parce qu'il est pensé dans le cadre existant. »

Le FN, une menace ?

« Un dirigeant socialiste a dit : j'ai honte et j'ai peur. Ces deux sentiments me sont étrangers. Le Front national a prospéré sur les impuissances et les blocages des majorités successives et de nos institutions. En France, 50 % du corps électoral n'est pas représenté dans la vie parlementaire. Les exclus deviennent les réceptacles de toutes les insatisfactions. Je n'ai aucune indulgence à l'égard du Front national : ses obsessions et ses propositions sont le malheur de la France. Se servir du Front national comme épouvantail pour empêcher tout renouvellement de la vie politique, ce n'est pas mon point de vue. Je n'ai pas l'intention de me laisser épouvanter par les épouvantails. »

Une dose de proportionnelle ?

« François Hollande a annoncé qu'il ne changerait plus rien à nos institutions, c'est une grave erreur. C'est même une faute, y compris une faute contre lui-même, puisqu'il l'avait promis. S'il y a un Parlement, c'est pour que tous les grands courants du pays y soient représentés. Or, l'extrême gauche, l'extrême droite et le centre ne sont pas représentés. Pour être représenté en France, il faut aller baiser la babouche du Parti socialiste ou de l'UMP. Il est impératif de tenir la promesse électorale d'introduire une part substantielle de proportionnelle. Si on continue comme ça, c'est le scrutin majoritaire qui va régler la question. »

Une candidature de la droite et du centre ?

« Ça dépend de qui veut incarner cette entente. Il y a des gens qui ont la possibilité, la faculté, le caractère et l'expérience nécessaires pour qu'une large entente se fasse. Et il y a, au contraire, des personnalités qui organisent la confrontation et l'agressivité. Je n'ai pas d'attrait particulier pour ce qu'on appelle primaire. Je l'ai dit à Alain Juppé souvent, une élection primaire, parce qu'elle sélectionne un petit nombre de Français, favorise le noyau le plus dur du camp. »

Une alliance plutôt qu'une primaire ?

« Si Alain Juppé gagne son pari, j'en serai pour ma part très heureux et je l'aiderai. S'il était choisi, nous pourrions évidemment nous entendre. De même que nous pouvons et nous devons travailler avec Jean-Christophe Lagarde et l'UDI. Aucun des problèmes du pays ne peut se résoudre dans l'affrontement des deux camps. Il y a un seul courant possiblement majoritaire, celui qui pourrait réunir des réformistes à la fois enthousiastes et raisonnables, des deux supposés camps. »

 

Propos sélectionnés par Michel URVOY.

Journal Ouest-France du vendredi 13 février 2015
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