François BayrouEn visite aujourd'hui dans le Morbihan, le patron du MoDem se voit en chef d'une majorité de centre droit-centre gauche, pas en faiseur de roi. 

 

Entretien

Le retrait de Jean-Louis Borloo était-il inéluctable ?

On ne peut pas avoir été un des piliers du régime, numéro deux du gouvernement sous Chirac et sous Sarkozy, et prétendre qu'il faut faire le contraire. À qui cela profite ? Si les gens avaient envie de voter pour Nicolas Sarkozy, ils seraient déjà allés vers Nicolas Sarkozy. Les électeurs qui manifestaient une intention de vote veulent un centre fort et indépendant. La logique voudrait qu'ils se reconnaissent dans le visage de ce centre.

 

Si on ne gouverne pas avec une France contre l'autre, comment fait-on ?

Et avec chacune de ces moitiés coupée en deux ! On vit la crise la plus lourde depuis cinquante ans. Tout est dans une impasse profonde, l'économie, le chômage, les fins de mois, le déficit et la dette, les services publics... On peut s'en sortir. La preuve, d'autres pays l'ont fait. La politique à conduire, qui est une politique de vérité, ne peut être portée par aucune des deux majorités traditionnelles : la droite à cause d'une pression très grande de l'extrême droite sur le thème « il faut faire partir les immigrés et sortir de l'euro « ; et la gauche de la gauche, qui dit qu'il faut d'abord démondialiser, renverser le capitalisme et donc ne rien faire jusqu'à la Saint-Glinglin. On passe son temps à abuser les Français par des leurres.

Hors du centre, entendez-vous de bonnes idées ?

Tout le monde sait ce qu'il faut faire. Moi, je me concentre sur deux verbes, produire et instruire (1). Cette politique, qui a relevé l'Allemagne en cinq ans, ne peut être portée que par une majorité centrale qui va du centre gauche au centre droit. La situation est si grave que personne ne pourra échapper à cette politique-là.

Les 12 milliards du plan Fillon ?

Des rustines. Après la présidentielle, il faudra reprendre les choses dans un grand plan d'ensemble dans lequel on réduit les dépenses, augmente les recettes et met en place les conditions pour produire en France.

Nicolas Sarkozy est-il redevenu fréquentable ?

Il est plus retenu aujourd'hui, mais je ne change pas une ligne à ce que j'ai dit. Vous imaginez que j'aurais fait tout ça pour me ranger derrière lui ? J'ai été, dès la première minute, en opposition avec les choix de cette majorité. Ils nous ont conduits là où nous sommes.

Votre avis sur la primaire PS ?

Elle est nécessaire quand il n'y a pas de leader, et c'est le cas au PS. Mais elle n'a permis de dégager aucune idée compréhensible. La vraie primaire, c'est celle, non d'un parti mais d'un pays, qui va permettre à tous les Français de choisir une alternance, une personnalité sans avoir à payer un euro ni à faire allégeance à un camp.

(1) Lire à ce sujet 2012, État d'urgence, chez Plon.

Recueilli par

Michel URVOY.