Accent béarnais en bandoulière, Jean Lassalle, remuant militant centriste, traverse depuis avril la France qui souffre et se désespère des hommes politiques. Hier à Saint-Nazaire, il a pris pied dans l'Ouest.

Sac à l'épaule, Jean Lassalle, 58 ans, est arrivé, hier midi, au terminal roulier du port de Montoir, près de Saint-Nazaire. Le député MoDem des Pyrénées-Atlantiques avait pris le ferry à Gijón, en Espagne. L'occasion de s'intéresser aux autoroutes de la mer. L'une des réalités françaises qu'il cherche à cerner, au long d'une marche entamée le 10 avril.

La veille, « à 23 h devant 300 députés », il avait informé l'Assemblée de son projet : « Je n'arrive plus à traiter les dossiers liés à mon territoire. Cette marche est guidée par le souci d'entendre la souffrance, le doute, mais aussi les aspirations et l'espoir des Français. »

Guère de surprise parmi ses collègues. Jean Lassalle avait déjà montré qu'il avait le verbe haut et la tripe... béarnaise. Pour défendre la circonscription où il est entré en politique dès l'âge de 21 ans, il n'avait pas hésité en 2003 à entonner dans l'hémicycle l'hymne occitan, Se canto ; et en 2006 à tenir une grève de la faim de cinq semaines au Palais Bourbon.

« Un sentimentde résignation »

Six mois après son dernier coup de tête, il est toujours sur la route, armé de son seul bâton de montagnard, à raison « de 20 à 30 km par jour, 15 à 20 au début et quelques étapes à plus de 40 ». À chaque halte, il se contente de prévenir le maire. Il privilégie les « rencontres fortuites » et quelques « visites nocturnes entre 2 et 4 h dans les cités les plus interdites ».

Ce qu'il a glané tient en quelques constats. « Sur 80 % du territoire, il y a un sentiment de résignation. On subit ce qu'on appelle la crise ». Les hommes politiques ? « Un rejet brutal. Les maires continuent à être appréciés, mais on craint qu'ils disparaissent et que les conseillers généraux soient déjà morts ». Les parlementaires ? « Certaines attitudes nous font du tort et ça ne coûterait rien de les corriger », comme ces échanges « trop véhéments, trop violents. Quand on est fort, pas besoin de monter sur la table pour le hurler ».

La dette ? « Qu'avons-nous fait d'aussi exceptionnel pour être endettés ? Plus on paie plus on l'est et la génération suivante ne pourra pas la combler ». Quant à l'Europe... c'est « une remise en cause radicale ».

En « éveilleur des consciences », Jean Lassalle va suivre son chemin. À Nantes aujourd'hui, puis Rennes, Brest, la Normandie. Il ne publie pas d'itinéraire « plus d'un jour à l'avance » et ne sait pas encore quand il arrêtera.

Jean DELAVAUD.

Journal Ouest-France du samedi 2 novembre 2013


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