Le grossiste caennais propose des prix « avantageux » selon l'autorité de la concurrence, jusqu'à 87 % moins cher que d'autres officines. Des tarifs dont toute maison de retraite a le droit de profiter. : Archive « Ouest-France »/Philippe Renault
Les établissements ne sont pas obligés de se fournir en médicaments dans l'officine la plus proche,a décidé l'autorité de la concurrence. Victoire pour un Caennais, qui travaille comme un grossiste.
« Il est infligé une sanction pécuniaire de 5 000 € au conseil régional de l'Ordre des pharmaciens de Basse-Normandie. » Événement rarissime, cette sanction de l'autorité de la concurrence, tombée en fin de semaine dernière. Ce qu'elle reproche à l'ordre ? « D'avoir incité une maison de retraite à s'adresser aux pharmacies les plus proches de son implantation. » Elle rappelle que « les maisons de retraite restent libres de mettre en concurrence les pharmacies ».

Mais derrière cette décision, transparaît un long conflit entre le conseil de l'ordre et un pharmacien atypique, dont l'officine est installée à Caen. Philippe Lailler, titulaire de l'enseigne, n'a pas cantonné son activité aux habitants de la Grâce-de-Dieu, quartier populaire au sud de la ville. Il emploie aujourd'hui 18 salariés, a aménagé le sous-sol de son local et investi dans des machines.

Fournir en gros

Il fournit une vingtaine d'Ehpad (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) du Calvados et de la Seine-Maritime. Pour certaines, la pharmacie livre même les doses déjà préparées en pilulier. « Je suis attaché à avoir des prix compétitifs, du stock suffisant. J'ai un volume d'activité bien supérieur à celui de la plupart des pharmacies », reconnaît le professionnel. Un fonctionnement de grossiste qui fait depuis longtemps grimacer nombre de ses confrères.

« Ça a démarré en 2005, par quatre plaintes de pharmaciens au conseil de l'ordre », retrace Philippe Lailler. Examinées au printemps 2008 par la chambre de discipline de Basse-Normandie de l'ordre des pharmaciens, elles ont été rejetées.

Entre-temps, le conflit enfle. L'ordre demande à la Drass (Direction régionale des affaires sanitaires et sociales) d'examiner l'activité du professionnel caennais. Il désigne deux pharmaciens pour enquêter sur un « démarchage abusif de clientèle », reprend l'Autorité de la concurrence. Soupçons écartés en 2006 après vérifications et témoignages.

« Les élus du conseil doivent démissionner »

En juin 2007, l'ordre écrit à une maison de retraite située entre Caen et Villers-Bocage, qui envisage de faire appel à la grande pharmacie. Et l'incite à privilégier « la proximité ».

Philippe Lailler, habitué des combats politique puisqu'il défend les couleurs du MoDem à Caen, contre-attaque. Il saisit l'Autorité de la concurrence. Dont la décision rendue mercredi « est sans doute une première », souligne Me Robert Apéry, son avocat. Le pharmacien se dit « satisfait ». Tout en demandant que « les élus du conseil de l'ordre qui ont failli à leur mission démissionnent ».

Les pharmacies livrant les maisons de retraite médicalisées devraient voir leur activité s'accroître dès le 1er janvier 2011 : à cette date, la Sécurité sociale ne remboursera plus les médicaments de chaque résident, mais allouera un budget annuel que chaque établissement devra gérer. Les formules les plus économiques seront donc recherchées.

Laurent NEVEU.
Ouest-France