AU COMMENCEMENT ...

... les producteurs de lait achetaient des vaches, les nourrissaient, les soignaient, et en faisaient la traite avec du matériel pour lequel, bien souvent, ils avaient emprunté. Ils vendaient ensuite leur production :

aux coopératives qui la collectaient, la stockaient et la vendaient aux industriels qui soit la mettaient en bouteille, soit la transformaient en différents produits : beurre, crème, fromage,... qu'ils vendaient à des grossites ou des centrales d'achat afin que les produits finis soient distribués chez des commerçants ou des grandes surfaces avant d'arriver dans l'assiette du consommateur !


Cela fait beaucoup d'intermédiaires mais chacun y trouvait son compte. Pour protéger les producteurs et leur éviter de voir les prix du lait monter et descendre au gré des fluctuations du marché et des quantités produites, un système de quota a été  mis en place en 1983 évitant ainsi la surproduction. Le gouvernement français avait à cette époque, clairement affiché sa volonté d'aider le monde agricole, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui.

 

Aujourd'hui :

Le parcours du lait est toujours le même, mais la donne a changé pour les producteurs car en 1998, ils durent se mettre aux normes européennes tant pour les bâtiments que pour le matériel de traite et de soins. L'endettement devint très lourd pour beaucoup mais dans la mesure où le prix du lait était stable, l'effort valait encore la peine d'être consenti.

C'est alors qu'à Bruxelles, suivi aussitôt par Paris, qu'il fut décidé, sans se soucier de ce qui se passerait sur le terrain, d'augmenter progressivement les quotas engendrant par là-même une surproduction, donc une chute, plus ou moins forte selon les années, du prix du lait :  la tonne de lait était payée 303 € en 2001, 211 € en avril 2009, 244 € en juillet, 270 € en août !  cette possibilité qu'à Bruxelles de faire momentanément varier le prix du lait permet de casser une grève potentielle !
A ce stade, il faut savoir que le coût de production d'une tonne de lait est compris  entre 280 € et 330 € (selon les données de la Chambre d'Agriculture). Il faut également savoir que le prix du lait payé au producteur n'est qu'une base car les coopératives peuvent appliquer une minoration qui va de 0 € à 18 € par tonne. Les producteurs paient également une cotisation à la CNIEL (Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière) de 1,22 € la tonne. La CNIEL, elle-même reverse une somme importante à la FNSEA.

 

A qui profite le crime :

  • 1. Entre 2005 et le second trimestre 2009, la marge du producteur est passée de 32,1 % à 25,9 %, celle des industriels de 34,1 à 54,1% et enfin, celle du distributeur de 28,5 à 17,1% (source : Observatoire des Prix et des Marges).
  • 2. Les coopératives mettent sur pied une mesure de strangulation des  producteurs : la contractualisation de leurs relations. Pour adhérer à la coopérative, il faudra, dès septembre, que les producteurs s'engagent par écrit à acheter à la coopérative en question tous les produits et objets nécessaires à leur exploitation !
    Autant dire qu'ils se retrouveraient pieds et poings liés tant sur leurs prix de vente que sur leurs prix d'achat
  • 3. La FNSEA est très opaque sur la question du prix du lait.
  • 4. Les industriels et la distribution ne songent qu'à augmenter ou préserver leurs marges et profitent d'un système qui est fait à leur mesure.
  • 5. Le gouvernement français a fait savoir par la voix de son ministre, Bruno Lemaire (le même qui veut faire rembourser par les producteurs de fruits et légumes, les subventions indûment perçues, selon lui), qu'il n'était pas question de relever les quotas. Désir farouche de plaire à Bruxelles ? ou application imbécile d'une politique dite néo-libérale ? Cela a fait dire à François Bayrou que les producteurs "avaient été abandonnés en rase campagne"
  • 6. A Bruxelles,  la Commission chargée des problèmes de l'Agriculture est gérée par des technocrates qui pensent que la dérégulation des marchés rendra les produits plus compétitifs à l'exportation, sans se préoccuper des conséquences sur les marchés nationaux. Il faut noter que les députés européens sont, eux, en faveur d'une diminution des quotas.

 

Dans le reste du monde :

Le Canada a un système d'adaptation de la production à la demande qui permet aux producteurs de bénéficier de prix stables et prévisibles, couvrant leurs coûts de production, et les mêmes pour tous à qualité égale. Actuellement, le prix du lait au Canada est de 480 € par tonne. Ce système n'est donc pas utopique à moins de considérer que le Canada est peuplé d'idiots !

Si la surproduction de lait par l'Europe permet en effet d'exporter de la poudre de lait à très bas prix, vers des  pays pauvres, elle a, comme effet pervers, le manque d'envie, pour ces pays, de produire du lait eux-mêmes !


Que veulent les producteurs français ?

Vivre dignement de leur travail et conserver leur autonomie.

Beaucoup d'exploitations, petites ou grandes, ne savent pas s'ils elles pourront demain rembourser leurs emprunts, acheter des aliments pour les animaux et encore moins investir. Jusqu'à ce jour, plus préoccupées du travail quotidien que des grandes manœuvres qui se trament autour d'elles, elles se débattaient dans d'insolubles problèmes de trésorerie alors que les producteurs sont de plus en plus nombreux à ne même pas toucher de salaire

Sentant le danger, une très large majorité a adhéré à une association : l'A.P.L.I. (Association des Producteurs de Lait Indépendants) qui réclame une réduction des quotas pour équilibrer l'offre et la demande.

L'APLI est, elle-même affiliée à une association européenne : l'E.M.B. (European Milk Board) car pour la première fois, français et allemands qui représentent plus de 50 % de la production européenne de lait vont avoir une action commune et entraîneront le reste de l'Europe pour une grève du lait. Ce ne sera pas une manifestation violente, pas de grandes surfaces bloquées,... simplement, ils ne livreront plus de lait aux coopératives tant que leur revendication n'aboutira pas.
Pour les plus fragiles d'entre eux, ceux qui en plus de ne pas toucher de salaire n'arrivent même plus à rembourser leurs emprunts,  cette grève est leur dernière chance.

Cette situation dramatique dans laquelle toute une corporation se trouve (une de plus !) devrait nous inciter à être solidaires dans la mesure de nos moyens car aujourd'hui ce sont les producteurs de lait.
Et demain ? ... peut-être nous, actifs ou retraités.


Christine et Jean Dumonteil
MoDem 50 Nord Cotentin

Source www.mouvementdemocrate50.fr