Rodolphe Thomas CapitalRétablissement du prêt à taux zéro dans l’ancien, prolongement du Scellier par un nouveau dispositif d’investissement locatif, encadrement des loyers… A six semaines de l’élection présidentielle, Rodolphe Thomas, responsable logement de l’équipe de campagne de François Bayrou, détaille les propositions du Modem en faveur de l’immobilier.

 

Capital.fr : Droite et gauche s’opposent sur l’encadrement de loyers. Le MoDem reste, en revanche, flou sur cette question… Quelle est votre position ?
Rodolphe Thomas : François Bayrou a été très clair en signant le contrat social pour une nouvelle politique du logement proposé par la Fondation Abbé Pierre. Il est nécessaire d’encadrer les loyers à la relocation dans les grandes villes. Dans chaque quartier, les bailleurs devront se référer à un loyer moyen de référence à ne pas dépasser. Par ailleurs, tout propriétaire qui perçoit des aides de l’Etat - par exemple de l’Agence nationale de l’habitat - pour rénover son logement, pourrait être contraint de figer son loyer l’année suivante ou lors de la relocation du bien. Il faut enfin donner les moyens aux locataires de faire davantage pression sur les bailleurs. C’est pourquoi, nous proposons en parallèle de mettre en place l’observatoire public des loyers pour permettre aux locataires de connaître précisément les prix pratiqués dans leurs secteurs et de contester le cas échéant des baux trop élevés.

Capital.fr : Vous proposez aussi de créer une mutuelle publique pour couvrir les impayés de loyers. Comment sera-t-elle financée ?
Rodolphe Thomas : Notre idée consiste à créer une garantie des risques locatifs obligatoire qui s’applique à l’ensemble du parc privé. Dans chaque bail, 3 à 4% du montant du loyer sera automatiquement consacré à abonder cette assurance universelle. Ce dispositif, simple de fonctionnement, sera donc autofinancé.

Capital.fr : Dans son programme François Bayrou ne fixe aucun objectif de construction. Comment comptez-vous vous attaquer au problème de la pénurie de logement ?
Rodolphe Thomas : Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut financer 500.000 logements par an. Pour y arriver, nous proposons de nommer dans les zones très tendues un « Préfet Cohésion Sociale Logement » en charge de piloter la politique du logement. Sa mission consistera à identifier et libérer le foncier public disponible sur chaque territoire pour le mettre à disposition des bailleurs sociaux. Il pourra aussi inciter les maires à user de leur droit de préemption, lors des mises en ventes de biens sur leurs communes. En parallèle, il faut augmenter les quotas de logements sociaux à 25%, contre 20% actuellement, et infliger des amendes plus dissuasives pour les maires récalcitrants : de l’ordre de 4000 à 5000 euros par logement manquant. Les communes, qui ne respectent pas leurs obligations en matière de logements sociaux, seront aussi privées de dotations de l’Etat. Cette sanction doit être collective dans le cadre intercommunal. Enfin, l’Etat doit être le garant de la cohésion sociale et donc soutenir le secteur de la construction neuve dans son ensemble.

Capital.fr : Est-ce réellement compatible avec l’objectif de réduction de déficit prôné par le MoDem ?
Rodolphe Thomas : Le coût des mesures d’aide en faveur du logement est minime compte tenu des enjeux.Le soutien au logement doit redevenir une priorité nationale qui sera financé via la suppression ou par une diminution de l’ensemble des niches fiscales. Avec François Bayrou Président, le Scellier sera remplacé par un autre dispositif d’investissement locatif centré sur les grandes villes, là où les besoins sont criants. Le prêt à taux zéro doit être maintenu pour l’achat de logement neuf. Contrairement aux dispositifs précédents, celui-ci sera toutefois soumis à conditions de ressources et réservé aux ménages les plus modestes.

Propos recueillis par Guillaume Chazouillères

 

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