Photo : Militants d'"En Marche" à Hérouville Saint-Clair • Crédits : Radio FrancePhoto : Militants d'"En Marche" à Hérouville Saint-Clair Crédits : Radio France

Dans le cadre de sa Caravane présidentielle, France Culture est ce matin à Hérouville-Saint-Clair, dans le Calvados. On peut y voir un laboratoire local du macronisme, voici pourquoi.

Qu'est-ce que le macronisme ? Vous avez tenté de le savoir à l'échelon local, et la ville d'Hérouville-Saint-Clair où vous vous trouvez est pour cela un poste d'observation idéal...

Oui dans cette vaste salle du conseil municipal où nous sommes, sur les murs on voit une exposition photo qui célèbre la diversité de la ville ; avec des portraits d'habitants, issus de 80 nationalités différentes. Il s'agit de mettre en valeur le vivre-ensemble. Mais dans la grande recomposition politique en cours, c'est une toute autre forme de diversité et de vivre-ensemble que doivent pratiquer les élus ralliés à Emmanuel Macron.

Auberge espagnole ? L'exemple du maire d'Hérouville-Saint-Clair est emblématique. Rodolphe Thomas est issu du Modem, il se dit de centre-droit, il a voté Juppé à la primaire, et depuis quelques semaines, il soutient En Marche. Seulement, au début du mois de mars, quand Emmanuel Macron est venu à Caen, dans la salle du meeting, Rodolphe Thomas a croisé certains de ses adversaires politiques de gauche, eux aussi venu applaudir Emmanuel Macron. Je vous laisse imaginer la scène : salutations plus ou moins gênées, plus ou moins sincères, il y avait là notamment son ancien adversaire PS aux municipales ; lui aussi rallié au panache blanc du macronisme.

Un meeting d'Emmanuel Macron, c'est un peu une soirée où vous découvrez que votre pire ennemi du lycée a été invité. Bien sûr, pas un mot plus haut que l'autre, il n'est pas question de gâcher la fête.

Cela dit, à Hérouville-Saint-Clair, ville populaire, historiquement à gauche, où les tours HLM ont été transformées en immeubles à taille humaine grâce à la politique de la ville, où le tramway a peu a peu décloisonné les quartiers, le nom d'Emmanuel Macron n'effarouche pas outre-mesure, on l'entendait dans le reportage de Sophie Delpont.

Ici, il y avait d'ailleurs déjà quelque chose qui tient du macronisme avant l'heure. Pour expliquer, explorons l'histoire électorale récente, et retrouvons la figure de Rodolphe Thomas, l'actuel édile de la ville. Toute ressemblance serait bien sûr purement fortuite. Elu à la tête d'une liste « ni de droite ni de gauche », il a bénéficié de la division du PS, tiens donc, qui s'était éparpillé entre plusieurs candidats. Rodolphe Thomas a fait campagne sur le renouvellement, il a mis en avant qu'il venait de la société civile, pas un professionnel de la politique, il a d'ailleurs eu un vrai métier avant d'être candidat... Alors précisons-le, on n'est pas exactement sur la banque d'affaires, Rodolphe, comme les habitants l'appellent ici, était... garagiste.

Désormais autour de cette table en arc de cercle du conseil municipal, où nous nous sommes, on trouve une majorité composite : des Républicains, mais aussi des centristes donc, d'autres élus dont le cœur est à gauche. La ressemblance est troublante, on est à deux doigts d'imaginer Monsieur le maire, les bras en croix, en train d'hurler "c'est notre PROJEEEET" (pour Hérouville Saint-Clair, bien sûr).

Alors on ne parlera pas ici de bulle médiatico-politique ; le succès électoral est bien réel : la majorité de Rodolphe Thomas a été réélue par deux fois dès le premier tour. Il n'empêche que cette majorité large et hétéroclite, qui rassemble au delà des clivages, ne les efface pas totalement... (Et on entrevoit peut-être ici les limites du macronisme).

Exemple : l'un des conseillers municipaux de cette majorité composite sera cette année candidat suppléant aux législatives pour... Nicolas Dupont-Aignan. Autre exemple : sur l'agglomération de Caen, pas moins de cinq comités de soutien à Emmanuel Macron se sont constitués. Sans pouvoir fusionner. Et pour cause : il y a le comité de soutien des "macronistes issus du PS", celui des "centristes macronistes", celui des "macronistes de droite", etc. Impossible de les rassembler. Enfin, à quelques kilomètres d'ici, à Mondeville, deux personnalités ont fait allégeance ces derniers temps à Emmanuel Macron : la maire socialiste... et le chef de opposition.Le macronisme tendance christique est un mouvement où l'on réconcilie les adversaires, « pardonne à ceux qui t'ont offensé ».

C'est tout ce beau monde qu'Emmanuel Macron devra tenter de mettre sous une bannière commune après la présidentielle. En désignant ses candidats aux législatives, il y aura forcément beaucoup de déçus, beaucoup de jaloux. Alors est-ce que ces troupes, pour l'instant galvanisées par l'ivresse des sondages, resteront compactes ?

Ces soutiens, portés par l'enthousiasme, le renouveau d'un parti sans slogan, d'un chef sans passif, formeront-ils une forêt de militants et de parlementaires demain pour appliquer le programme ? Question ouverte.

Sur les murs de cette salle du conseil municipal, l'expo photo pour la diversité affiche des proverbes étrangers, choisis par les habitants. Parmi eux, cet adage malgache : « Un seul arbre ne fait pas une forêt ». Voilà peut-être le slogan qui manquait à En marche.