François Bayou devant sa bibliothèque« La mission essentielle de la force nouvelle que nous construisons, c'est de renouveler la pensée, les mots, les attitudes. » > Agrandir l'image

 

Le président du MoDem réunit ses troupes, ce week-end, à Guidel (Morbihan). Il fonde ses espoirs sur le « centre, seul endroit qui rassemble », au moment où tous les partis se disloquent.



Entretien
 

À titre personnel, vous aviez voté Hollande. Vous voici clairement dans l'opposition ?

Je l'avais annoncé dans ma déclaration de l'entre-deux-tours : « Si François Hollande ne fait pas les changements nécessaires, s'il en reste à la gauche classique et à son programme, je serai un opposant constructif et déterminé pour empêcher les dérives. »

Quelles dérives ?

Trop souvent, il choisit d'être le président d'un parti et pas du pays. Il ne prend pas à bras-le-corps les problèmes nombreux qui paralysent la France. On nous avait dit : on va montrer ce qu'est une vraie réforme des retraites. Résultat ? Rien ou presque. Des rustines, et un allongement des cotisations annoncé pour... 2035 ! Les déclarations sur la réduction des déficits ? Ce sont des paroles creuses si vous ne faites pas la réforme en profondeur de l'État, des collectivités, du système de santé, pour servir mieux les Français en dépensant moins. Si vous ne changez pas l'organisation du pays, vous ne pouvez pas, au sécateur ou au ciseau à ongles, obtenir 15 milliards d'économies. Et cela est d'autant plus frappant qu'Angela Merkel montre qu'un peuple peut suivre ses dirigeants quand ils sont courageux.

Êtes-vous à 100 % d'accord avec Jean-Louis Borloo ?

Nous avons chacun notre histoire. Mais nous avons en commun décidé de tourner le dos à la division, qui nous empêchait de peser. Nous avons donc fait des pas sérieux l'un vers l'autre. Pour l'un, en concluant qu'il fallait s'opposer à une politique décevante, et pour l'autre en affirmant la nécessité de l'autonomie du centre.

Mais il n'y a pas de majorité sans alliance. S'allier avec une UMP radicalisée ?

S'allier, ce n'est pas se soumettre ou se lier les mains. Quand la droite républicaine est sur ses principes de fondation, il est facile de dialoguer. Et ce serait la même chose si s'affirmait une social-démocratie ouverte. La seule limite est qu'il ne faut pas transiger sur l'essentiel.

L'UMP alliée du centre, et non l'inverse ?

J'ai assez d'expérience pour être humble. Je connais le poids des deux partis principaux. Mais ils ont beaucoup déçu les Français et les yeux se sont ouverts. La mission essentielle de la force nouvelle que nous construisons, c'est de renouveler la pensée, les mots, les attitudes. C'est un grand défi, mais ce peut être un grand espoir.

On a l'impression que vous anticipez une radicalisation et, au centre, une nouvelle majorité...

Si le centre s'affirme, s'il sait être respectueux et amical entre ceux qui le forment, s'il réussit à renouveler le langage et la pensée politiques, alors oui, sur l'espace du centre, des élargissements pourront avoir lieu. Au moment où tous les partis explosent, le centre est le seul lieu politique où l'on se rassemble. Un vrai recours pour ceux qui veulent la rénovation et voient le danger des extrêmes.

Recueilli par

Michel URVOY.

Journal Ouest-France du samedi 28 septembre 2013
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