Graphique Etat d'UrgenceLa

 

LETTRE

 

du club France-Forum

N° 45


Un QUINQUENNAT S'ACHEVE.......

Pouvons-nous en tirer un premier bilan ? Quels sont nos handicaps nationaux particuliers ? Quelles perspectives - dans le contexte de la crise - s'offrent à nous ? Que commencent à proposer d'ores et déjà les candidat(e)s à l'élection présidentielle ?


A l'orée de la campagne présidentielle, nous pouvons effectivement tirer un premier bilan des cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy. Empressons-nous de préciser qu'un bilan, même très médiocre, ne remet pas forcément en cause une éventuelle réélection...

Mais, disons-le sans détour avant d'aborder les motifs d'espérance et les choix d'avenir qui s'offrent à nous : la France se porte mal. Contrairement à une idée répandue, cet état de fait n'est pas essentiellement dû à la crise actuelle. Bien sûr une croissance très réduite n'offre pas beaucoup de marges de manoeuvre : cela exige d'autant plus que soient faits des choix politiques lucides et courageux.


La crise ?

Elle n'explique que très partiellement nos déficits

et notre endettement publics qui ont explosé en France depuis 2007 !


La crise qui nous frappe actuellement n'est pas monétaire. Cette crise est d'abord une crise de la dette des Etats. Et il se trouve que contrairement à ce que l'on entend dire parfois, la France supporte une “mauvaise dette” comme il y a un mauvais diabète. Plus que pratiquement tous les autres pays européens : mais cela est volontiers gardé sous silence ! Nous le verrons plus loin.

En tout état de cause, François Bayrou avait prédit dès 2007 nos difficultés . Nicolas Sarkozy avait alors dans la foulée promis de maîtriser ces fâcheuses évolutions. Mais très rapidement après son arrivée au pouvoir, il informa les responsables européens que la France n'avait pas l'intention de respecter les règles prudentielles - décidées ensemble - pour maîtriser les déficits publics. Funeste choix ! Car la croissance aux abonnés absents, les recettes publiques amputées par les premières mesures législatives (le bouclier fiscal et plus généralement la fameuse loi TEPA...) et l'absence de mesures courageuses ont accru de manière importante l'endettement de la France. La réduction des dépenses publiques à travers notamment la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques avec le remplacement d'un fonctionnaire sur deux n'apporte pas d'économies importantes... d'autant qu'un fonctionnaire “supprimé” devient un retraité qu'il faut bien rémunéré.

La France se distingue de plus par une dette d'autant plus importante que la part de la charge des intérêts ne pèse que d'un poids limité dans les déficits. Le déficit “primaire” c'est-à-dire celui calculé sans tenir compte de la charge de la dette est très important en France (= 5,5% du PIB). Plus que pratiquement partout en Europe hors l'Espagne...

Nicolas Sarkozy ne pourra esquiver le fait que la dette publique de la France trouvée par lui à son arrivée à l'Elysée s'établissait à 1211 milliards d'euros. Et qu'il l'a porté -en fin du 1er trimestre 2011- à 1646 milliards d'euros ! Et s'il a eu un rôle positif dans le sauvetage du système bancaire en 2008, il a donc laissé filer dangereusement les déficits : de 40 milliards en 2007 à plus de 148 milliards en 2010 ! La Cour des Comptes rappela ainsi que la crise ne représente qu'une part minime de ce déficit (30 milliards sur 148 !). Quant au budget de l'Etat, les experts estiment que son déficit est imputable pour 2/3 à la gestion du quinquennat actuel . Ajoutons pour terminer que notre dette sert à financer essentiellement les dépenses publiques courantes et non pas de nouveaux investissements créateurs de richesses.



L'Europe “intergouvernementale” voulue par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel” montre ses limites : la crise grecque fait éclater au grand jour l'absence d'efficacité dans les décisions, l'irresponsabilité du fait de la régle de l'unanimité et l'insuffisance de démocratie.

La dimension européenne laissée de côté par tous les dirigeants européens nous revient comme un boomerang. En effet, nous avons créé une Europe monétaire sans vouloir d'une réelle coordination économique et fiscale au sein de la zone Euro. Ce n'est plus possible de continuer ainsi. Il nous faut de vrais chefs d'Etat européens maintenant...



La situation économique ?

Nous supportons allègrement nos contradictions

Et nous privilégions surtout le présent à l'avenir...


Lorsque le Président de la République dénonce les freins à la compétitivité que ses prédécesseurs n'ont pas su corriger, nous remarquons surtout combien nous persévérons aujourd'hui encore dans nos contradictions et notre immobilisme.

Pourtant, le Gouvernement a créé par exemple le Fonds stratégique d'investissement. Heureuse initiative comme a pu l'écrire François Bayrou... S'il sert à la reconquête industrielle, au développement d'entreprises innovantes...! Au lieu de cela, les fonds en question ont surtout servi depuis trois ans à consolider des noyaux stables au profit de quelques grands groupes du CAC 40.

Nicolas Sarkozy dénonce volontiers les 35 heures comme une source de nos maux actuels. Outre que cette dénonciation mériterait un examen approfondi, pourquoi cette mesure n'a-t-elle donc pas été supprimée ?

La France détient le record de la dépense publique et Nicolas Sarkozy dit vouloir s'y attaquer. Or son 2ème plan de rigueur met davantage l'accent sur les recettes que sur les dépenses !


L'Allemagne était aussi dans une situation économique très mauvaise il y a moins de 10 ans. Seulement le Chancelier Schröder a su prendre des mesures importantes en prenant le temps de les élaborer collectivement et courageusement sans recourir à la fatalité du chômage ou du gel des traitements des fonctionnaires. Le seul impératif que les Allemands se sont alors imposés : c'était la nécéssité de préserver coûte que coûte l'emploi. Nicolas Sarkozy est maintenant conscient de la nécéssité de se rapprocher du l'exemple allemand. Mieux vaut tard que jamais. Mais que de temps perdu !!


Lorsqu'on compare les modèles allemands et français, nous nous apercevons que nous sommes adeptes plus que nos voisins d'outre-Rhin du “court terme” alors que les allemands n'hésitent pas à parier sur le long terme. Ainsi, lorsque la crise a commencé à les frapper lourdement et en attendant que leurs efforts portent leurs fruits, ils ont su éviter de recourir à des mesures qui handicapent l'avenir et désespèrent l'opinion. En effet ils ont su garder dans un certain nombre de grands secteurs industriels leurs effectifs avec les compétences qui vont avec en attendant le retour d'une embellie économique. Lorsque la conjoncture économique s'est améliorée : alors ces mêmes secteurs ont pu se réactiver avec une main d'oeuvre adaptée pour répondre aux besoins. Chez nous, au contraire, nous sommes trop sur la réactivité : cela nous a conduit à abandonner des secteurs industriels entiers ( nous avons perdu 3 millions d'emplois industriels ! ) en fermant nombre d'entreprises plutôt que faire parfois le dos rond. Nous y avons perdu trop souvent un savoir-faire utile. Plus grave encore, nous ne préparons pas suffisamment l'avenir : nous ne consacrons que 2% de la PIB à la recherche-développement quand les Allemands et les autres pays européens relativement comparables -notamment nordiques- y consacrent 3%. Voilà un chiffre lourd de conséquences.



Les valeurs prônées et la société voulue par Nicolas Sarkozy ?


Souvenons-nous que le président a toujours dit vouloir être jugé sur ses résultats. C'est bien. Malheureusement les domaines où son action aura été positive se comptent sur les doigts d'une main. Même dans le domaine de la lutte contre la délinquance, les résultats sont décevants (cf la montée régulière des violences faites aux personnes ). Les retraites semblent la seule réforme véritablement à mettre à son crédit . Encore faut-il souligner que le financement à moyen terme de cette réforme n'est pas assuré et que cette réforme est -là encore décidément- marquée du sceau de l'inéquité : de nombreuses femmes doivent se préparer à ne partir en retraite qu'à 67 ans !


Cependant c'est sur les valeurs mises en avant par l'hôte de l'Elysée, sur la société qu'il nous prépare que notre jugement est le plus sévère. Car en définitive, il s'agit de l'abandon progressif par Nicolas Sarkozy de notre modèle républicain français avec au coeur : la justice - sociale, fiscale...-, le souci de rassembler et non de provoquer l'opposition de catégories de Français entre eux ( “ceux qui se lèvent tôt” et les autres, “les fonctionnaires” et les autres...), le respect des institutions démocratiques ( rappelons le détournement de la justice judiciaire -et c'est une première dans notre pays- au profit de la procédure de l'arbitrage pour favoriser outrageusement son ami Bernard Tapie ), sans parler du culte de l'argent (une de ses premières décisions, en 2007, n'a-t-elle pas été d'augmenter sa propre rémunération de 140%...) et de la fréquentation privilégiée des puissants....

Notre choix est bien éloigné en définitive de tout cela . C'est le choix de la Démocratie et de l'Humanisme. Il n'est évidemment pas exclusif bien sûr de la nécessaire adaptation au monde à venir.


Que veulent les candidats à la prochaine présidentielle ?


Leurs projets commencent à “poindre” : remarquons les toutes premières idées qui apparaissent.

François BAYROU a dévoilé des axes forts de sa future campagne présidentielle, à savoir : reconquérir la Production en France, retrouver une Education performante et refonder une Démocratie digne de ce nom.

François HOLLANDE a déjà posé des jalons relativement proches : un effort conséquent sur la Jeunesse et l'Education mais aussi la Production. Une grande réforme fiscale est annoncée par le candidat ( elle est effectivement indispensable) sans compter une redéfinition de la politique énergétique...

Marine LE PEN défend des thèses connues sur l'immigration...Mais aussi sur un protectionnisme “raisonné” en dénaturant au passage les valeurs de la République et en jouant sur les peurs.


Nous nous efforcerons de continuer à participer à notre humble mesure au débat présidentiel qui s'annonce. Espérons que celui-ci soit porteur d'espérance pour la France qui doute et s'inquiète. Les citoyens doivent trouver un sens au débat politique. Notre Démocratie, notre République en a besoin. Et nous voulons que la France continue à porter son message singulier au coeur de l'Europe et au-delà !



Christian NELLE



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- lettre de liaison n° 45 - diffusion : novembre 2011-